Novembre 2004

113 - DECLARATION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR CLAUDE BEKE - Vendredi 19 novembre 2004

Mardi 30 Novembre 2004

Mes chers collègues,

J’ai souhaité prendre la parole ce matin pour n’avoir pas eu l’occasion de le faire le vendredi dernier en raison de la non tenue de nos réunions hebdomadaires pour respecter la célébration à juste raison de la fête du Ramadan.

Je saisis d’ailleurs l’occasion pour adresser tous mes bons vœux à nos collègues de confession musulmane.

Mes chers collègues,

Je tiens une fois encore, avant tout à adresser au nom de la Côte d’Ivoire, mes condoléances les plus attristées aux familles des neuf (9) soldats français et du ressortissant américain ayant trouvé la mort pendant les raids aériens des forces armées de Côte d’Ivoire pour la réunification du pays, coupé en deux depuis 27 mois. Au travers elles, c’est à leur gouvernement que j’adresse ses condoléances.

En outre, je tiens à vous informer que la Côte d’Ivoire a pris acte de la résolution du Conseil de Sécurité du lundi 15 novembre 2004 imposant un embargo immédiat sur la vente d’armes à la Côte d’Ivoire, qu’elle s’est engagée à respecter d’autant plus que cet embargo s’impose au gouvernement et aux rebelles.

Mes chers collègues,

J’ai également tenu à prendre la parole, pour vous donner des informations sur les derniers développements de l’actualité en Côte d’Ivoire, en raison du peu de crédit donné à la version des faits par la Côte d’Ivoire suite à l’abondance des évènements relatés, orientés par les médias occidentaux.

C’est regrettable de le mentionner, mais, ce n’est pas la première fois que des soldats français trouvent la mort au front en Côte d’Ivoire. En avril 2003, deux (2) ont été tués par les rebelles baptisés forces nouvelles, ce qui n’a donné lieu qu’à un communiqué du porte-parole des forces françaises. Il n’y a pas eu de représailles.

Au cours de cette année, il y a eu des casses des agences de la BCEAO à Bouaké, à Man, à Korhogo. Une dizaine de soldats français ont été pris avec des sacs volés contenant des sommes importantes de l’argent pris par les rebelles dans ces banques. Que s’est-il passé ? Une condamnation de la France et rapidement, ces soldats ont été transféré, en France pour être jugés. A l’heure où je vous parle, nous ne connaissons pas les sanctions infligées.

Mes chers collègues,

Comme vous l’avez appris, en réaction à cette bavure, dont à présent on mène des enquêtes pour situer les responsabilités, ordre a été donné par Paris de détruire nos avions de combats. Tous ont été détruits au sol et pire, la flotte présidentielle a été détruite et qui comporte trois (3) avions. Pour avoir accès à certains avions parqués dans l’enceinte même du Palais présidentiel, les forces français ont touché, l’un des symboles de notre souveraineté, le Palais présidentiel.

Le bilan de cette riposte française a été de plus de 60 morts et plus de 1300 blessés dont on parle peu. Monsieur Corba – CICR a confirmé globalement ces chiffres.


C’est en cela que la Côte d’Ivoire parle d’une réaction disproportionnée. Les Evêques de Côte d’Ivoire de même que des intellectuels sénégalais ont parlé d’une réaction sans commune mesure.

Et, pour dit-on, permettre l’évacuation des ressortissants français et étrangers, les deux ponts de la capitale économique Abidjan ont été bloqués par les forces françaises qui ont également pris l’aéroport international d’Abidjan pour empêcher les résistants de se rendre à l’aéroport en masse.

Mes chers collègues,

Comme je l’ai indiqué dans ma Déclaration, la seule arme de défense dont dispose nos pays, c’est l’arme du droit.

Le droit international est fondé sur la justice et non sur la vengeance.

Du point de vue de ma délégation, en détruisant nos avions de combat et la flotte présidentielle, la France avec laquelle la Côte d’Ivoire a toujours des relations exceptionnelles et entend les maintenir, a fait prévaloir le droit de la force sur la force du droit, parce qu’en l’espèce la Côte d’Ivoire n’a pas agressé la France. Ce qui du reste serait irresponsable de sa part.

D’ailleurs, selon le Point 6a de la résolution 1528 du 27 février 2004, du Conseil de Sécurité, les forces françaises et les casques bleus ont, pour mandat d’observer l’application du cessez le feu et de mener des enquêtes en cas de violation. C’est à présent que des enquêtes sont menées pour situer les responsabilités, après avoir tiré à balles réelles sur les populations aux mains nues qui manifestaient devant l’Hôtel Ivoire ceinturé le 9 novembre 2004 par une centaine de chars des forces françaises. On a même identifié au 6ème étage de cet hôtel, la présence des tireurs d’élites qui y ont oublié dans leur départ précipité, leurs pièces d’identité portant leur fonction ; du 6ème étage où l’on a une vue imprenable sur la foule des résistants.

Mes chers collègues,

Mon intention n’est pas de venir accabler un pays, la France qui comme l’a indiqué le Président de la République Jacques CHIRAC lui-même est un ami de la Côte d’Ivoire. Ma seule intention c’est de vous donner des informations plus conformes à la réalité volontairement travestie.

A ce propos, je me réjouis que la TSR1 le dimanche 14 novembre ait confirmé cette information a propos des tirs à balles réelles sur des manifestants aux mains nues. Je tiens à préciser que cet intérêt de la seule TSR pour les événements en Côte d’Ivoire vient des Suisses qui, évacués de Côte d’Ivoire et choqués par la façon dont cette crise est traitée par les médias occidentaux ont appelé la TSR pour s’indigner.

Mes chers collègues,

Je tiens également à vous indiquer que le 15 octobre 2004, a été la date fixée pour le désarmement par la Communauté internationale après la réunion d’Accra III (fin juillet 2004).

Face au refus des forces rebelles de désarmer à cette date, le Conseil de Sécurité a fait une Déclaration le 16 octobre pour appeler à un désarmement sans conditions, suivi par l’Union Européenne qui a appelé à un désarmement immédiat.

Face à une nouvelle déclaration des rebelles de ne point désarmer avant l’adoption de toutes les réformes prévues par les Accords de Marcoussis et s’appuyant sur les deux positions du Conseil de Sécurité et de l’Union Européenne et face à la partition du pays et devant la grande souffrance des populations depuis 27 mois, les forces armées de Côte d’Ivoire ont entamé le 4 novembre par des frappes aériennes et ciblées et qui étaient sur le point de réussir, la réunification de la Côte d’Ivoire lorsqu’elles furent brutalement interrompues.

En outre, la présente soudaine de plus de 150 chars des forces françaises aux abords de l’Hôtel Ivoire et de la résidence du Chef de l’Etat, ayant fait croire à un renversement du régime, des centaines de milliers de patriotes ont convergé vers ces lieux, à main nue, dont une soixantaine ont été tuées.

Je déplore la destruction des biens et les violences qui ont suivi, à la suite de la fuite qui peut paraître curieuse, de plus de 4.500 prisonniers de la prison d’Abidjan et qui ont parfaitement pu infiltrer les Patriotes qui ont démontré depuis deux ans leur capacité de résistance sans pillage et viols.

Mes chers collègues,

Je tiens en terminant, à exprimer toute la gratitude de la Côte d’Ivoire à l’Union Africaine, à la CEDEAO, à tous nos Chefs d’Etat qui collectivement ou individuellement n’ont cessé de se mobiliser pour aider la Côte d’Ivoire à sortir de cette crise difficile depuis plus de deux (2) ans. La gratitude de mon pays va à l’endroit du Sénégal, du Maroc, du Niger, du Bénin qui ont accepté de donner des contingents pour constituer les Casques Bleus.

Je tiens à remercier particulièrement le Président John KUFFOR du Ghana, Président en exercice de la CEDEAO, le Président OBASANDJO, Président en exercice de l’Union Africaine qui en concertation avec le Président de la Commission Africaine, Monsieur Alpha Oumar KONARE, a dépêché la semaine dernière en Côte d’Ivoire, au plus chaud de la crise, le Président THABO MBEKI d’Afrique du Sud pour tenter de renouer les fils du dialogue et qui sur place à la suite de ses entretiens a déclaré que des progrès significatifs avaient été réalisé dans le cadre des accords inter ivoiriens de Marcoussis et d’Accra III.

Mon pays déplore simplement que seule elle a été condamnée pour avoir rompu le cessez le feu ; seules ont été pris en compte, la mort des neuf (9) soldats français, sans tenir compte des 60 patriotes ivoiriens tués à balles réelles suite à la réaction française, les 1.300 blessés auxquels, en raison du quadrillage de la ville d’Abidjan par les forces licorne, il était difficile de porter secours dans les hôpitaux.

Les Rapporteurs thématiques de la Commission des Droits de l’Homme ont eux également condamné la seule Côte d’Ivoire.

Alors que ma délégation considère, qu’au mépris de la Charte des Nations Unies, la réaction française a été légitimée, faisant ainsi prévaloir le droit de la force sur la force du droit. Le TIMES, le grand quotidien britannique a évoqué ce fait le 16 novembre 2004.

Il eut été en effet plus convenable d’attendre les conclusions des enquêtes en cours pour situer les responsabilités et sanctionner les auteurs ayant été à la base de la mort des neuf (9) soldats. La Côte d’Ivoire ne serait pas irresponsable au point d’attaquer délibérément et avec préméditation, la France. Il eut été également plus juste que la France réagisse de la même façon lorsque les rebelles ont tué en avril 2003 deux soldats de la même force Licorne.

La Côte d’Ivoire réaffirme son attachement à l’Union Africaine et en appelle par ma voix, au soutien solidaire de notre organisation commune et ici à Genève, comme c’est toujours le cas lors des sessions de la Commission des Droits de l’Homme, en espérant que mes propos contribueront à faire davantage connaître la vérité sur cette triste affaire.

Je vous remercie.
L'Ambassadeur de Côte d'Ivoire


112 - DECLARATION DE S.E.M. C. CLAUDE BEKE DASSYS - Genève, le 10 novembre 2004

Mardi 30 Novembre 2004

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
- Messieurs les Chargés d’Affaires,
- Mes chers frères,

La délégation de Côte d’Ivoire, par ma voix, tient avant tout, à exprimer ses condoléances attristées aux familles des neuf soldats français et à celle du ressortissant américain, ayant trouvé la mort à la suite des frappes aériennes décidées par les forces armées ivoiriennes la semaine écoulée pour la réunification de la Côte d’Ivoire.

En prenant ce matin la parole, je tenais également à informer le groupe africain, de ce que, la seule intention des autorités ivoiriennes, dans le cadre de ses frappes ciblées et limitées dans le temps, était de réunifier le pays déchiré par plus de deux années d’une crise ouverte le 19 septembre 2002 par un coup d’Etat manqué qui, en réalité, visait à renverser les Institutions de la République et qui, après son échec, s’est transformé en rébellion, coupant le pays en deux, mettant à mal non seulement son économie qui pèse pour 40% dans l’économie de l’UEMOA, mais également celle de la sous région, contraignant une très forte partie de la population ivoirienne (80%) à se réfugier dans le sud du pays ; avec des conséquences dramatiques, sur la scolarité, la santé ; l’aggravation de la paupérisation et du taux de séro prévalence.

A ce stade de mon propos, je tiens à remercier du fond du cœur, l’Union Africaine, la CEDEAO, et tous les pays frères africains qui, collectivement ou individuellement, se sont mobilisés pour se porter au secours de la Côte d’Ivoire, aux fins de l’aider à sortir de cette crise difficile, où se mêlent également, de puissants intérêts obscurs.

Je tiens tout particulièrement, à exprimer la gratitude de la Côte d’Ivoire aux Chefs d’Etat du Ghana, de Guinée, du Gabon, du Niger, de Sierra Leone, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, du Nigeria et d’Afrique du Sud, le Président Thabo MBEKI, qui mandaté par l’Afrique, s’est rendu à Abidjan cette semaine encore, pour tenter de ramener les différentes parties au dialogue.

En m’adressant à vous ce matin, chers collègues et chers frères, j’ai surtout tenu à attirer votre attention sur un point particulier qui ne doit pas nous échapper et qui porte sur la résolution 1528 adoptée par le Conseil de Sécurité le 27 février 2004, relatif au mandat clair et précis, donné à l’ONUCI et aux forces françaises.

En effet :

- selon le point 6a l’ONUCI, en coordination avec les forces françaises, est chargée d’observer et surveiller l’application de l’accord de cessez le feu global du 3 mai 2003, dont le premier fut obtenu grâce aux bons offices du Sénégal que je tiens à remercier bien vivement et,

- d’enquêter sur les éventuelles violations du cessez-le-feu.

Mes chers collègues,

Ma délégation observe en l’espèce que, comme le prescrit clairement la résolution 1528, alors qu’aucune enquête préalable n’ai été diligentée pour connaître la provenance exacte de cet obus qui a entraîné ces neuf (9) morts, que dès le samedi 6 novembre 2004 déjà, le Président de la République française, a décidé, en représailles, la destruction non seulement de tous les aéronefs des forces armées ivoiriennes dont certains étaient stationnés dans l’enceinte du Palais présidentiel, mais également les avions civils de la flotte présidentielle. Ceci, en donnant des instructions à des troupes certes françaises, mais placées sous mandat international.

Cette décision, je le rappelle, a été prise le samedi 6 novembre 2004 avant même que le Conseil de Sécurité, au cours d’une réunion d’urgence convoquée à l’initiative de la France, ne vienne avaliser après coup, le dimanche 7 novembre 2004, la décision française de représailles à l’encontre des aéronefs ivoiriens.

Mes chers collègues, la seule arme de défense dont dispose nos pays, c’est le droit. En agissant ainsi, la France a non seulement violé les dispositions de la résolution 1528 sus rappelées, mais également a outrepassé le Conseil de Sécurité

Il ne paraît pas convenable d’adopter une telle attitude qui fut déplorée en d’autres circonstances.

Par ailleurs, aucun média étranger en Europe, ne montre les atrocités commises par les forces françaises sur les populations ivoiriennes qualifiées, pour les discréditer, de bandes d’excités à la solde du pouvoir, et qui n’ont pas hésité, à tirer à vue, sur des jeunes aux mains nues. Le CICR et Médecins Sans Frontières, ont osé parler de plus de 1.200 blessés graves et de morts dont on n’ose pas donner le chiffre exact.





Oui, chers collègues, il y a eu de nombreuses victimes de la réaction française. Il était important que le groupe africain le sache.

Les Evêques de Côte d’Ivoire ont, dans une déclaration rendue publique le 10 novembre 2004, qualifié de disproportionnée, la réaction française par rapport à cet incident regrettable, et dénoncé les tirs à balles réelles sur des enfants, des jeunes, et des femmes sans défense.

Le sang africain a la même valeur que le sang européen.

Je voudrais en terminant, informer le groupe que ces attaques ciblées et limitées dont le seul but est la réunification du pays, ne remettent nullement en cause les reformes politiques préconisées par les accords de Marcoussis et d’Accra.

Tous les textes, à l’exception du projet de loi relatif à l’indemnisation des victimes de guerre, sont déjà adoptés par le gouvernement et transmis au Parlement qui les examine.

La Côte d’Ivoire aspire à la paix à l’intérieur de ses frontières et avec ses voisins.

J’en appelle pour terminer, à votre soutien solidaire pour aider la Côte d’Ivoire à sortir définitivement de cette crise qui n’a que trop duré.

Je vous remercie.

ANNEXE
Victimes des événements
- près de 60 morts
- plus de 1.200 blessés.

Source :
- CICR
- Médecins sans frontières
- AFP

L'Ambassadeur de Côte d'Ivoire


111 - Conseil des Ministres du jeudi 18 Novembre 2004, au Palais de la Présidence de la République de 12 heures à 14 heures 30

Vendredi 19 Novembre 2004

Liste des 23 ministres présents au Conseil des Ministres

FPI

- Monnet Léon Emmanuel, ministre d’Etat, ministre des Mines et de l’Energie

- Mme Ohouochi Yapi Clotilde, ministre de la Solidarité, de la Sécurité sociale et des Handicapés

- Mme Christine Nébout-Adjobi, ministre de la Lutte contre le Sida

- Abouo-N’Dori Raymond, ministre de la Construction et de l’Urbanisme

- Hubert Oulaye, ministre de la Fonction publique et de l’Emploi, porte-parole du gouvernement

- Amani N’Guessan Michel, ministre de l’Education nationale

- Alphonse Douati, ministre en charge des Relations avec les Institutions de la République

- Sébastien Dano Djédjé, ministre chargé de la Réconciliation nationale

PDCI-RDA

- Bamba Mamadou, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères

- Achi Patrick, ministre d’Etat, ministre des Infrastructures économiques

- Mme Malan Messou, ministre de la Culture et de la Francophonie

- Britto Nama Boniface, ministre du Plan et du Développement

- Ahoussou Kouadio Jeannot, ministre de l’Industrie et du Développement du secteur privé

- Gnonkonté Gnessoa Désiré, ministre des Cultes

RDR

- Zémogo Fofana, ministre de l’Enseignement supérieur

- Amon-Tanoh Marcel, ministre du Tourisme.

PIT

- Mme Angèle Gnonsoa, ministre d’Etat, ministre de l’Environnement

- Mme Victorine Gboko-Dailly Wodié, ministre des Droits de l’Homme

MFA

- Anaki Kobenan Innocent, ministre d’Etat, ministre des Transports

UDCY

- Mel Eg Théodore, ministre d’Etat, ministre de l’Intégration africaine

UDPCI

- Kahé K. Eric-Victor, ministre de la Réforme administrative

Société civile

- René Amani, ministre de la Défense

- Martin Bléou Djézou, ministre de la Sécurité intérieure

Sous la présidence du Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, le Conseil des Ministres s’est tenu le jeudi 18 Novembre 2004, au Palais de la Présidence de la République de 12 heures à 14 heures 30.

Avant d’aborder l’ordre du jour, le Président de la République a informé le Conseil qu’il s’adressera à la Nation dans les prochains jours, relativement aux derniers développements de l’actualité.

S’exprimant sur l’activité gouvernementale, le Président de la République a tenu à rappeler la nécessité que le gouvernement ne soit plus handicapé dans son fonctionnement par l’absence d’un Ministre. Pour cette raison, tout membre du gouvernement qui aura décidé de ne pas participer au Conseil des Ministres sur décision de son parti ou groupe d’appartenance sera remplacé par un intérimaire. Son retour officiel mettra fin à l’intérim. En tout état de cause, s’agissant des projets de loi à défendre à l’Assemblée Nationale, le Ministre en charge des Relations avec les Institutions a été désigné pour suppléer les Ministres défaillants, de manière à éviter tout blocage de l’examen des réformes politiques.

Abordant son ordre du jour, le Conseil a examiné et adopté un projet de loi relatif à l’indemnisation des victimes de guerre et portant création de la Commission Nationale d’Identification et d’indemnisation des victimes de guerre. Ce texte qui revient devant le Conseil en deuxième lecture constitue le dernier des projets de loi examiné par le gouvernement dans le cadre de l’accord de Linas-. Marcoussis.

Le Conseil a entendu par la suite deux communications :

la première communication a été présentée en liaison avec le Premier Ministre par le Ministre de la Défense et le Ministre de la Sécurité Intérieure et a porté sur la situation militaire et sécuritaire.

Les deux Ministres ont fait état des mesures de représailles engagées par les forces Licorne contre les FANCI suite à la méprise de notre aviation dont un raid aurait occasionné des morts et des blessés parmi les militaires français basés à Bouaké. Ces représailles qui ont abouti à la destruction de tous les aéronefs militaires des FANCI ont occasionné au total 63 morts et plus de 1300 blessés militaires et civils par balles tirées par les forces Licorne tant sur le trajet ramenant leurs troupes sur Abidjan qu’au cours des manifestations devant l’hôtel Ivoire. Les deux Ministres ont fait également état des pillages et débordements qui ont accompagné les manifestations de rues à Abidjan à la suite de la destruction des aéronefs des FANCI, et qui ont entraîné d’importants dégâts et préjudices.

Il a été également relevé que dans l’ensemble le calme revenait progressivement tant sur les fronts militaires qu’à Abidjan où l’on observe une reprise effective des activités. Le Conseil a été cependant informé des graves exactions commises par des soldats rebelles sur les populations civiles de plusieurs villages dans la région de Sakassou et de M’Bahiakro ces derniers jours.

Le Président de la République a rappelé encore une fois que tous ces faits regrettables sont liés à la guerre et qu’il fallait travailler résolument à y mettre fin par le désarmement et la réunification du territoire. Il a indiqué qu’à propos des 3600 évadés de la MACA, qu’une enquête était en cours pour situer les responsabilités.

Il a saisi l’occasion pour expliquer les récentes nominations à la tête des FANCI. Pour le Président de la République, de même qu’à la suite de la mort du journaliste Jean Hélène, la hiérarchie de la police avait subi un changement, il lui est paru nécessaire suite à la méprise de notre aviation à Bouaké, ayant entraîné les graves conséquences que l’on sait, que la chaîne de commandement de notre armée, responsable des opérations militaires en cause, subissent un changement.

Le Conseil a ensuite entendu une communication présentée par le Ministre de la Défense en liaison avec le Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Etrangères portant sur le transfert des crédits de fonctionnement des services d’attachés de Défense sur les lignes budgétaires du Ministère de la Défense. Le Conseil a adopté les conclusions de cette communication visant à donner plus d’efficacité à nos attachés militaires à l’étranger.

Enfin, le Conseil a autorisé Madame le Ministre de la Culture et de la Francophonie à conduire une délégation de notre pays au prochain sommet de la francophonie à Ouagadougou.

Prof. OULAYE Hubert

Ministre de la Fonction Publique et de l’Emploi,

Porte-parole du Gouvernement